Lectures théâtrales 2016/2017

Lectures théâtrales

Animées par Mouna Belhaj Zekri, Marwa Manaï & Aymen Mejri du JTN

Cette saison, trois membres du Jeune Théâtre National Tunisien ont pris la relève de Jalila Baccar et Sonia Zarg Ayouna pour animer les lectures théâtrales, un mercredi sur deux, au 4ème Art. Deux cycles thématiques étaient prétexte à découvrir ou redécouvrir des textes d’auteurs tunisiens et étrangers, classiques ou contemporains :

Cycle 1 : FAUX-LITS – Ecrire contre sa tête

William Faulkner, Sarah Kane, Antonin Artaud, Sylvia Plath, Virginia Woolf, Ernest Hemingway, Edgar Allen Poe, Tennessee Williams, Mark Twain : à quel moment l’esprit humain s’échappe-t-il, perd-t-il son fragile équilibre, laissant le génie céder sa place à la folie ? Ne sommes-nous pas tous un peu atteint de cette folie ? Ne s’insinue-t-elle pas, en toute discrétion, en chacun de nous ?

Notre sélection, formée de plusieurs textes internationaux, fait émerger une problématique commune : Quels stéréotypes se trouvent à l’origine de nos représentations de la folie, allant des mendiants de Bedlam aux grotesques couloirs sombres des asiles abandonnés jusqu’aux institutions psychiatriques modernes, où surmédicamentation et léthargie font paires ? Comment dépasser ces idées reçues sur lesquelles est fondée l’idée que l’on se fait de la folie ?

Caligula raconte l’histoire d’un empereur submergé par ses passions, Junun est un voyage dans le passé trouble d’un schizophrène victime de la mésinterprétation de son environnement, 4.48 Psychosis va encore plus loin dans la description de l’esprit torturé, avec cette pièce inspirée des textes fondateurs du théâtre de Shakespeare juxtaposés à leurs versions contemporaines, Hamlet et Le Roi Lear, qui racontent une seule et même histoire, celle d’un esprit malade, usé par le temps.

Faux-lits, dont on devine rapidement le jeu de mot, révèle l’anxiété enracinée qui se cache en dessous de ce que l’on nomme communément « folie », l’excès, les risques, et laisse place à une éternelle question : Comment traiter l’âme humaine ?

Peut-être par le texte.

Cycle 2 : AMOUR

« L’amour c’est quand vous sortez manger et que vous donnez à quelqu’un beaucoup de vos frites sans demander que l’autre vous donne les siennes. »
– Non, non ce n’est pas ça l’amour.
– « L’amour est une panique de la raison. »
– Mais non, c’est pas ça.
– « L’amour est enfant de bohème : il n’a jamais, jamais connu de loi. »
– Non, non, non.
– « الحب – أعزك الله – أوله هزل وآخره جد. دقت معانيه لجلالتها عن أن توصف، فلا تدرك حقيقتها إلا بالمعاناة. »*
– Non, taisez-vous tous ! ce n’est pas ça l’amour. L’amour, c’est une femme qui découpe son frère en mille morceaux, fait tuer un homme par ses filles dans une marmite chaude et finit par bruler sa rivale et tuer ses propres enfants. Pourquoi ? pour l’amour d’un homme. L’amour, c’est deux individus qui veulent rester seuls, ensemble, en inventant des jeux auxquels ils croient, le temps d’un orage. L’amour, c’est un homme qui devient tour à tour poète, dompteur de tigres, clochard, fou du roi, puis comédien pour crier son amour à une femme qui ne le connait pas. L’amour, c’est deux vieillards qui ne se supportent plus et ne peuvent vivre l’un sans l’autre.

Le deuxième cycle des lectures vous propose mille et une histoires où la tragédie n’est jamais loin et où l’amour se dit dans les silences même. Pendant une heure, voire moins, vous vivrez avec des personnages qui s’aiment et qui peinent à le dire car au fond, l’amour, ce n’est jamais une question de mots.

* « L’amour – Dieu te conforte – commence en plaisanterie et s’achève gravement… Ses significations sont délicates à décrire. On n’en saisit la vérité que dans la souffrance. » Ibn Hazm